Un séisme politique et militaire sans précédent
Le Mali vient de vivre deux jours qui changeront l’histoire du pays. Le samedi 25 avril 2026, à l’aube, une offensive d’une ampleur inédite a frappé simultanément les villes de Bamako, Kati, Gao, Kidal, Sévaré, Mopti et Bourem. Et au cœur de ce chaos, une cible précise, symbolique et dévastatrice : la résidence personnelle du ministre de la Défense, le général Sadio Camara.
Ce dimanche 26 avril, la confirmation est tombée — relayée par Al Jazeera, RFI et de multiples sources sécuritaires : Sadio Camara est mort.
L’attentat : un camion-kamikaze au cœur de la forteresse militaire
L’attaque contre la résidence de Sadio Camara n’était pas un tir au hasard. C’était une opération chirurgicale, planifiée et exécutée avec une précision redoutable.
Dès l’aube du 25 avril, un véhicule piégé conduit par un kamikaze a percuté et détruit la résidence du ministre à Kati — ville garnison considérée comme l’une des zones les plus sécurisées de tout le Mali, abritant le camp Soundiata Keïta, la plus importante base militaire du pays, ainsi que la résidence personnelle du chef de la junte Assimi Goïta lui-même.
La déflagration a été d’une violence extrême. Elle a entièrement détruit la résidence du ministre. Une partie de sa famille aurait également été touchée dans l’explosion.
Vers 6 heures du matin, des assaillants vêtus d’uniformes maliens sont entrés dans la ville de Kati à bord de motos et de pick-up, semant la panique dans les rues.
Sadio Camara : l’homme fort de la junte
Pour comprendre l’ampleur de cette perte pour le régime militaire malien, il faut saisir qui était vraiment Sadio Camara.
Formé en Russie à partir de 2019 — combinant apprentissage linguistique et instruction militaire à Moscou — il avait développé très tôt des liens étroits avec la Russie, bien avant que cela ne devienne la politique officielle de la junte. C’est lui, plus que tout autre, qui avait orchestré le rapprochement stratégique entre Bamako et Moscou, poussant à l’expulsion des forces françaises de l’opération Barkhane et ouvrant la porte aux mercenaires du groupe Wagner — rebaptisé Africa Corps.
Pilier du régime depuis les coups d’État de 2020 et 2021, il dirigeait l’appareil militaire d’une main de fer, laissant à Goïta la gestion globale de l’État. Certains analystes le voyaient comme un possible futur dirigeant du Mali.
En avril 2026, il venait de lancer l’opération “Dougoukoloko” — littéralement “Reconquête du territoire” — destinée à reprendre le contrôle des zones sous influence des groupes armés à Tombouctou, Kidal et Gossi.
C’est dans ce contexte qu’il a été tué.
Une alliance inédite qui change tout
Ce qui rend l’offensive du 25 avril 2026 particulièrement significative, c’est la nature de ses auteurs. Pour la première fois dans l’histoire du conflit malien, deux groupes auparavant rivaux ont officiellement uni leurs forces :
Le Groupe de Soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM/JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de Libération de l’Azawad (FLA), alliance rebelle à dominante touarègue, ont non seulement coordonné les attaques simultanées du 25 avril — mais ont officiellement annoncé leur alliance formelle dans la foulée. Le FLA a même déclaré que cette alliance restait ouverte à tous ceux qui souhaitent un changement de régime au Mali.
Un analyste du cabinet Aldebaran Threat Consultants a qualifié l’opération de “vaste offensive coordonnée à un niveau inédit depuis 2012.”
Kidal tombe – les Russes encerclés négocient leur sortie
Parmi les développements les plus révélateurs de ces deux jours de combats, la situation à Kidal mérite une attention particulière.
La ville de Kidal est tombée aux mains du GSIM et du FLA — à l’exception de la base militaire et de l’aéroport, situés au sud, où les forces maliennes et les mercenaires russes de l’Africa Corps se retrouvent assiégés.
Et voici ce qui résume peut-être le mieux l’échec total du pari sécuritaire de la junte : des négociations seraient en cours entre les mercenaires russes encerclés et les groupes armés, les soldats de l’Africa Corps demandant l’ouverture d’un corridor de sortie sécurisé pour se retirer des zones de conflit.
Les Russes de Wagner — présentés pendant des années par Kemi Seba, Nathalie Yamb et la junte malienne comme la solution miracle à l’insécurité — en train de négocier leur capitulation avec les djihadistes.
Il n’y a pas de mot plus fort que l’ironie.
Goïta exfiltré — Mais toujours “en vie”
Selon Al Jazeera, au moment de l’attaque sur Kati, Assimi Goïta a été exfiltré et mis en sécurité. Le chef de la junte était décrit comme “vivant et en bonne santé dans un lieu sécurisé” et demeurait “en commande des forces militaires.”
Mais la question que tout Malien se pose est désormais bien au-delà de la survie physique de Goïta : peut-il encore gouverner un pays dont le ministre de la Défense vient d’être assassiné dans la forteresse la mieux gardée du territoire ?























