Elle est connue de la diaspora guinéenne sous le surnom de « maman des enfants », pour ses collectes de dons en faveur des tout-petits. Aminata Bangoura, ressortissante belgo-guinéenne, a été interpellée mercredi 5 août au petit matin à son arrivée au Ghana. Son avocat affirme qu’une notice rouge d’Interpol, demandée par Conakry, est à l’origine de cette arrestation.
Arrêtée à l’aube, en provenance de Paris
Selon l’avocat ghanéen Oliver Barker-Vormawor, qui a rendu l’affaire publique sur X, Aminata Bangoura a été interpellée vers 5 heures du matin alors qu’elle arrivait de Paris. Elle aurait immédiatement fait savoir aux autorités ghanéennes qu’elle craignait pour sa vie et qu’elle souhaitait demander l’asile politique au Ghana. Le cabinet Merton Everett LLP indique avoir été mandaté pour assurer sa défense.
Une séparation, deux enfants, et des « secrets »
Le conseil de Mme Bangoura décrit une relation passée avec le général de brigade Amara Camara, dont elle a eu deux enfants. Après une rupture qu’il qualifie d’amère, elle aurait menacé de divulguer des informations connues d’elle. Elle aurait ensuite fui la Guinée avec des membres de sa fratrie. La notice rouge aurait été émise à son insu, dans le but — selon l’avocat — de la contraindre à revenir au pays. Ce n’est pas la première fois qu’un contentieux privé impliquant un haut responsable guinéen s’invite sur la place publique : le ministre de la Justice Alphonse Charles Wright avait lui aussi été accusé d’avoir fait emprisonner sa maîtresse.
Un homme fort du palais Mohamed V
Amara Camara, né en 1984 à Banankoro (Kankan), est l’une des figures centrales du pouvoir guinéen. Ancien porte-parole du CNRD et proche du président Mamadi Doumbouya, il a été confirmé en février 2026 comme ministre secrétaire général de la présidence. Il dirige par ailleurs l’École militaire interarmes et a conservé son portefeuille au fil des recompositions, dont le dernier remaniement du gouvernement Bah Oury. Il ne s’est pas exprimé publiquement sur cette affaire.
Notice rouge : ce que dit le règlement d’Interpol
Une notice rouge n’équivaut pas à un mandat d’arrêt international : c’est une demande faite aux polices des États membres de localiser et d’arrêter provisoirement une personne en vue d’une extradition. L’article 3 de la Constitution d’Interpol interdit à l’organisation toute activité de caractère politique, militaire, religieux ou racial. Une Commission de contrôle des fichiers peut être saisie pour obtenir la radiation d’une notice détournée de son objet — une procédure à laquelle plusieurs opposants africains ont déjà eu recours.
Ce que le Ghana devra trancher
Deux logiques vont s’affronter à Accra : l’obligation de coopération policière, et le principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque des traitements inhumains. La demande d’asile annoncée par Mme Bangoura place la décision sur le terrain du droit des réfugiés davantage que sur celui de l’extradition. Son conseil devrait s’appuyer sur le climat réservé aux voix critiques en Guinée, marqué notamment par le retrait des licences des principales radios privées et par la détention, puis la libération du blogueur Guidho Foulbhé.
Ce qui reste à confirmer
Ni Conakry, ni Accra, ni Interpol n’ont confirmé publiquement l’existence de cette notice rouge ni les faits qui la motiveraient. Les éléments rapportés ici proviennent des déclarations de l’avocat de Mme Bangoura, reprises par la presse ghanéenne et guinéenne. Notre rédaction reste ouverte à toute réaction des parties mises en cause.