Ce n’est pas à Zurich que Gianni Infantino a cherché refuge, mais à Salé. Le président de la FIFA a réuni mercredi 5 août plusieurs hauts responsables de l’instance au bureau africain de la fédération, au Maroc. Le choix du lieu dit tout du rapport de force : c’est en Afrique que se trouvent aujourd’hui ses soutiens les plus solides — et une partie de la réponse à sa survie.
Pourquoi Salé, et pas Zurich
Selon Reuters, la réunion s’est tenue dans les locaux du bureau africain de la FIFA à Salé, où Infantino séjournait depuis une semaine. Ouvert dans le cadre du rapprochement entre l’instance mondiale et le continent, ce bureau est devenu l’un des rares environnements où le dirigeant suisse reste en terrain favorable. En Europe, l’UEFA l’accuse de « vendre l’âme du jeu » et dit avoir perdu confiance en lui. La Concacaf a suivi. La CAF, elle, n’a pas pris publiquement position.
Le silence de la CAF, une carte maîtresse
Ce silence n’est pas neutre. Les 54 fédérations africaines représentent le plus gros bloc de voix du Congrès de la FIFA, et le programme FIFA Forward a fait de l’instance mondiale un bailleur incontournable pour beaucoup d’entre elles. Nous avions analysé ce que le projet Forward Enterprise promettait concrètement aux fédérations du continent, puis ce que la position de la CAF pouvait changer. Ces analyses prennent aujourd’hui une portée directe : sans l’Afrique, aucun scénario de renversement ne tient.
Le projet qui a tout fait basculer
Rappel des faits : Infantino proposait de créer une entité chargée des droits commerciaux de la FIFA et d’en céder 20 % à des investisseurs privés, pour lever 4,2 milliards de dollars. L’implication supposée d’une société liée à l’entourage familial de Donald Trump a fait déborder le vase. Le projet a été retiré vendredi dernier, mais la contestation a gagné l’intérieur même de la FIFA : le secrétaire général Mattias Grafström a dénoncé « une série d’événements tristes et condamnables », le directeur des opérations Kevin Lamour a estimé que le personnel avait été « trompé ».
Mars 2027 : un scrutin qui se jouera au Maroc
Dans sept mois, le Congrès électoral de la FIFA se tiendra au Maroc. Infantino y briguera un quatrième mandat, qui pourrait le maintenir en poste jusqu’en 2031. Il reste à ce jour le seul candidat déclaré, malgré le retrait du soutien de la Serbie, de la Suède et du pays de Galles. Un Congrès extraordinaire peut toutefois être convoqué si 43 associations membres en font la demande formelle — un seuil qu’aucun bloc ne peut atteindre sans voix africaines.
Ce que l’Afrique a à y gagner
Au-delà des équilibres politiques, des dossiers concrets sont sur la table : le Maroc co-organise le Mondial 2030 avec l’Espagne et le Portugal, et attend encore la désignation du stade qui accueillera la finale. Pour les fédérations du continent, la question est moins de savoir qui présidera la FIFA que de garantir la continuité des financements engagés. C’est précisément ce calcul qui, pour l’instant, protège Gianni Infantino.