Non, Mohamed Bazoum n’a pas été libéré. Le 15 décembre 2023, la Cour de justice de la CEDEAO ordonnait sa libération immédiate et son rétablissement dans ses fonctions de président du Niger. Trois ans plus tard, cet arrêt n’a jamais été appliqué : l’ancien chef de l’État reste détenu avec son épouse Hadiza dans une aile du palais présidentiel de Niamey, sans qu’aucune audience n’ait été tenue contre lui. Le 31 juillet 2026, ses avocats ont de nouveau réclamé sa « libération immédiate ».
Dernière mise à jour : 3 août 2026.
L’essentiel
- La Cour de justice de la CEDEAO a jugé la détention arbitraire le 15 décembre 2023 et ordonné la libération de Mohamed Bazoum ainsi que son retour au pouvoir.
- Cet arrêt n’a aucune force exécutoire : la CEDEAO ne dispose d’aucun mécanisme pour contraindre un État membre à l’appliquer.
- Le Niger a quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025, avec le Mali et le Burkina Faso. La juridiction régionale n’a plus prise sur Niamey.
- Le 14 juin 2024, la Cour d’État du Niger a levé l’immunité de Mohamed Bazoum, ouvrant la voie à un procès pour haute trahison. Ce procès n’a jamais eu lieu.
- Son fils Salem a été libéré en janvier 2024. Ses parents, eux, sont toujours détenus.
- Le mandat présidentiel de Mohamed Bazoum est arrivé à son terme le 2 avril 2026, alors qu’il était toujours enfermé.
Ce qu’a réellement décidé la Cour de la CEDEAO le 15 décembre 2023
Réunie à Abuja, la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a rendu ce jour-là une décision d’une portée inhabituelle. Elle a jugé que la détention de Mohamed Bazoum, de son épouse Hadiza et de leur fils Salem — retenus au palais présidentiel depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 — était arbitraire, et qu’elle violait leurs droits fondamentaux, en particulier la liberté d’aller et venir.
La Cour ne s’est pas arrêtée à la libération. Elle a également ordonné le rétablissement de Mohamed Bazoum dans ses fonctions de président de la République, estimant que son éviction par la force n’avait produit aucun effet de droit. Les avocats de l’État du Niger avaient plaidé l’incompétence de la juridiction régionale ; ils n’ont pas été suivis. Le texte intégral de la décision est consultable sur le site de la Cour de justice de la CEDEAO (PDF).
C’est cette décision qui a longtemps nourri l’espoir d’un dénouement rapide. Elle n’en a produit aucun.
Pourquoi cet arrêt n’a jamais été appliqué
Une juridiction sans bras armé
La Cour de justice de la CEDEAO peut constater une violation et ordonner une réparation. Elle ne peut pas l’imposer. L’organisation régionale ne dispose d’aucun mécanisme d’exécution forcée de ses arrêts contre un État récalcitrant : ni saisie, ni sanction automatique, ni force d’intervention judiciaire. L’application repose entièrement sur la bonne volonté de l’État condamné. Niamey n’a jamais manifesté cette volonté. L’organisation régionale avait pourtant, dans les mois qui ont suivi le putsch, maintenu sa détermination à rétablir Mohamed Bazoum, jusqu’à envisager une intervention militaire.
Ce n’est pas propre au dossier Bazoum. C’est une limite structurelle de la Cour, que ce dossier a simplement rendue visible aux yeux du grand public.
Le retrait du Niger a refermé la porte
Le point décisif est venu ensuite. Le 28 janvier 2024, le Niger, le Mali et le Burkina Faso — réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) — annoncent leur retrait de la CEDEAO. Conformément aux règles de l’organisation, ce retrait devient effectif le 29 janvier 2025, au terme du délai d’un an. Une période de transition court ensuite jusqu’au 29 juillet 2025.
Depuis, le Niger n’est plus justiciable de la Cour de la CEDEAO. L’arrêt du 15 décembre 2023 conserve sa valeur juridique au moment où il a été rendu, mais il a perdu tout levier concret. Human Rights Watch avait alerté dès février 2025 sur ce que ce départ signifiait pour l’obligation de rendre des comptes dans les trois pays du Sahel : la disparition d’un des rares recours ouverts aux citoyens contre leur propre État.
La bascule judiciaire : une immunité levée, un procès annoncé, jamais tenu
Pendant que la voie régionale se refermait, les autorités nigériennes ouvraient la leur. Le 14 juin 2024, la Cour d’État du Niger a levé l’immunité de Mohamed Bazoum. Les chefs d’accusation retenus par Niamey sont lourds : complot d’attentat à la sécurité et à l’autorité de l’État, crime de trahison, apologie du terrorisme et financement du terrorisme. La haute trahison est, au Niger, passible de la peine de mort — un point relevé par le Parlement européen dans sa résolution de mars 2026.
Le cœur du dossier tient à des échanges téléphoniques que l’ancien président aurait eus, pendant le coup d’État, avec le président français Emmanuel Macron et le secrétaire d’État américain Antony Blinken — appels que la junte dirigée par le général Abdourahamane Tiani interprète comme une sollicitation d’intervention armée étrangère.
Deux ans après cette levée d’immunité, le constat est le même : aucune audience n’a été organisée, aucune procédure n’a officiellement démarré, et aucune date de procès n’a été fixée. Mohamed Bazoum et son épouse n’ont jamais été présentés devant un tribunal. La détention se poursuit sans cadre judiciaire actif — ce qui constitue précisément le reproche formulé par ses défenseurs.
Trois ans de détention : ce que l’on sait des conditions
Mohamed Bazoum et Hadiza Bazoum sont retenus dans une aile de la résidence présidentielle de Niamey, sous la surveillance de l’ancienne garde présidentielle. Selon leurs avocats, le couple a été presque entièrement coupé du monde extérieur depuis son arrestation : pas de visites familiales, un accès très restreint aux conseils, et des soins médicaux limités. Dès les premiers mois, plusieurs témoignages faisaient déjà état de conditions dégradées, l’ancien président ayant notamment été privé d’eau, d’électricité et de ses lignes téléphoniques.
Leur fils Salem, âgé de 22 ans au moment des faits et détenu avec ses parents, a bénéficié d’une liberté provisoire accordée par le tribunal militaire de Niamey le 8 janvier 2024. Il a quitté le Niger pour Lomé, au terme d’une médiation togolaise et sierra-léonaise. Ses parents sont restés.
Une pression internationale constante, sans effet
Le dossier n’est pas tombé dans l’oubli, mais aucune des démarches engagées n’a produit de résultat.
- Juillet 2025 — Human Rights Watch qualifie publiquement la détention d’arbitraire, deux ans jour pour jour après le coup d’État.
- Novembre 2025 — Les enfants de l’ancien président lancent un appel public à la libération de leur père et de leur mère.
- 12 mars 2026 — Le Parlement européen adopte, par 524 voix pour, 2 contre et 29 abstentions, une résolution condamnant la détention arbitraire de Mohamed Bazoum et de son épouse, et exigeant leur « libération immédiate et inconditionnelle ». Le texte relève que le couple serait privé d’avocat et de visites familiales, et ne bénéficierait que de soins médicaux limités.
- 2 avril 2026 — Le mandat présidentiel pour lequel il avait été élu en 2021 expire. Il est toujours détenu.
- 31 juillet 2026 — À l’occasion du troisième anniversaire du coup d’État, ses avocats relancent leur appel à une « libération immédiate ».
Chronologie du dossier Bazoum
- 26 juillet 2023 — Coup d’État à Niamey. Le général Abdourahamane Tiani prend le pouvoir. Mohamed Bazoum, son épouse et son fils sont retenus au palais présidentiel.
- Novembre 2023 — La Cour de justice de la CEDEAO examine la plainte déposée par les avocats de l’ancien président.
- 15 décembre 2023 — La Cour ordonne sa libération immédiate et son rétablissement au pouvoir. L’arrêt ne sera pas exécuté.
- 8 janvier 2024 — Salem Bazoum obtient une liberté provisoire et rejoint le Togo.
- 28 janvier 2024 — Le Niger, le Mali et le Burkina Faso annoncent leur retrait de la CEDEAO.
- 14 juin 2024 — La Cour d’État du Niger lève l’immunité de Mohamed Bazoum.
- 29 janvier 2025 — Le retrait de la CEDEAO devient effectif. Période de transition jusqu’au 29 juillet 2025.
- Juillet 2025 — Human Rights Watch dénonce deux ans de détention arbitraire.
- 12 mars 2026 — Résolution du Parlement européen exigeant sa libération immédiate et inconditionnelle.
- 2 avril 2026 — Fin officielle du mandat présidentiel de Mohamed Bazoum.
- 31 juillet 2026 — Nouvel appel des avocats à sa libération immédiate.
Questions fréquentes
Mohamed Bazoum est-il toujours détenu en 2026 ?
Oui. Sa détention dure depuis le 26 juillet 2023, soit 1 104 jours au 3 août 2026. Des trois membres de la famille arrêtés ce jour-là, seuls Mohamed Bazoum et son épouse Hadiza restent privés de liberté : leur fils Salem a été libéré en janvier 2024. Aucune inculpation n’a à ce jour débouché sur un procès. Pour replacer cet épisode dans le temps long, voir notre chronologie des coups d’État au Niger depuis 1960.
La décision de la Cour de la CEDEAO est-elle encore applicable ?
En pratique, non. Le Niger a quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025 et n’est donc plus soumis à la juridiction de sa Cour de justice. Même avant ce retrait, l’arrêt était inapplicable faute de mécanisme d’exécution forcée.
Quand aura lieu le procès de Mohamed Bazoum ?
Aucune date n’a été fixée. Son immunité a été levée le 14 juin 2024, mais aucune audience n’a été organisée depuis et la procédure n’a jamais officiellement démarré.
De quoi Mohamed Bazoum est-il accusé ?
De complot d’attentat à la sécurité et à l’autorité de l’État, de crime de trahison, d’apologie du terrorisme et de financement du terrorisme. Les autorités nigériennes s’appuient notamment sur des appels téléphoniques qu’il aurait passés à des dirigeants étrangers pendant le coup d’État.
Son fils Salem est-il toujours emprisonné ?
Non. Salem Bazoum a obtenu une liberté provisoire le 8 janvier 2024 et se trouve depuis à l’étranger. Ses parents restent détenus.
Son mandat de président a-t-il expiré ?
Oui. Le mandat pour lequel il avait été élu en 2021 est arrivé à son terme le 2 avril 2026, alors qu’il était toujours privé de liberté.
Ce qu’il faut surveiller
Trois signaux détermineront la suite du dossier : l’ouverture — ou non — d’une procédure judiciaire effective au Niger, l’évolution des relations entre l’AES et ses voisins ouest-africains, et l’issue des médiations discrètes menées par certains États de la région, dont le Togo, déjà à l’œuvre dans la libération de Salem Bazoum. Aucun de ces trois leviers n’a bougé de manière décisive depuis juin 2024.
Cet article est mis à jour au fil de l’évolution du dossier. Pour signaler une erreur ou apporter une précision : info@petitesannoncesafrique.com